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Les communistes d’Extrémadure refusent d’apporter leur soutien décisif au gouvernement régional socialiste contre la décision de la direction nationale d’Izquierda Unida

juin 2011, par Saint Martin d’Hères

Les élections locales espagnoles du 22 mai dernier avaient sanctionné lourdement le Parti socialiste, maître d’œuvre de l’austérité, qui perdait 7 points et 1 million 500 000 voix par rapport à 2007.

Pire, les socialistes perdaient cinq régions dont la Castille-la-Manche, l’Aragon et les Asturies. Leur dernier espoir restait de conserver l’Extrémadure, dans la perspective unique d’un accord avec Izquierda Unida.

Les remous dans les fédés causés par le double discours de la direction d’IU vis-à-vis du PS

De son côté, Izquierda Unida (IU) stoppait l’hémorragie continue depuis quinze ans sans décoller, avec 6,13% des voix. Toute l’ambiguïté du vote pour Izquierda Unida, se nourrissant à la marge de la colère envers le PS, résidait dans le double discours de sa direction, vilipendant le PSOE dans ses discours publics tout en pactant encore inconditionnellement avec lui.

Dans les fédérations, la stratégie d’effacement du PCE et de subordination au PSOE a causé des remous et de profondes querelles internes.

En Asturies, en dépit des chantages et des menaces mises en effet de l’exclusion collective, les communistes décidaient de présenter une liste communiste contre la liste Izquierda Unida, collaborant au gouvernement régional anti-social du PSOE.

En Extrémadure, cette dernière solution a longtemps été privilégiée. Soumis à d’intenses pressions nationales, les communistes locaux ont décidé de prendre la tête de la liste d’Izquierda Unida en y mettant un contenu communiste. Sans compromission avec le PSOE et en mettant en avant des objectifs de lutte contre la politique du pouvoir et du capital.

Les communistes d’Extrémadure, récompensés de leur ligne de lutte, en position de décider

La ligne incarnée par les communistes d’Extrémadure a trouvé un écho chez les travailleurs de la province. Avec 6,15% des voix, IU progressait sur les résultats de 2007 et obtenait trois sièges à l’Assemblée provinciale. Pendant ce temps, le Parti populaire empochait 32 sièges contre 30 pour le Parti socialiste ouvrier espagnol.

Sachant que la majorité absolue était fixée à 33 sièges, la dernière chance pour le PSOE était de parvenir à convaincre les communistes locaux de signer un accord de gouvernement avec les socialistes. Quitte à utiliser son allié objectif, la direction nationale d’Izquierda Unida.

Les masquent tombent : la direction d’IU donne ordre de soutenir inconditionnellement le PS pour des « majorités de gauche »

Car un vent de panique a soudain pris les directions nationales d’IU et du PCE. Aux discours gauchisants d’avant scrutin succédaient les tractations pragmatiques et les combinaisons politiciennes avec le PS.

Déjà, le 12 juin dernier, le secrétaire-général du PCE, José Luis Centella, en accord avec le coordinateur général d’IU Cayo Lara publiait un communiqué surprenant où il annonçait sa volonté ferme de mettre fin aux cas des municipalités et provinces où les communistes locaux refusaient l’alliance avec le PSOE.

Il confirmait donc le retour de la politique d’alliances inconditionnelles localement – jamais cessée en réalité – du PCE et d’IU avec le Parti socialiste, qualifiant le parti de l’austérité d’ « organisation progressiste et de gauche ».

A un an des élections législatives, Izquierda Unida ne pouvait se permettre de mettre en action en Extrémadure les diatribes sans conséquence de sa direction nationale contre la politique du PSOE. Sous peine de perdre nombre de ses fiefs locaux, dépendants du PSOE.

Les menaces d’exclusion de Cayo Lara : « Il y aura un avant et un après »

Pleinement conscient de cet état de fait, maître dans l’art de la duplicité, le dirigeant d’IU Cayo Lara est venu expliquer le 17 dernier, jour où la direction d’IU Extrémadure débattait de la position à adopter, aux communistes Extrémaduriens ce qu’ils risquaient à défier la décision de la direction nationale d’IU réaffirmée : pas de gouvernement minoritaire PP, entendre alliance inconditionnelle avec le PSOE partout.

Comme à l’accoutumée, quand les communistes décident et que leur décision de lutter contre la politique du capital d’où qu’elle vienne ne plaît pas à la direction nationale, les menaces ne sont pas loin.

« Il y aura un avant et un après »déclarait alors Cayo Lara aux dirigeants locaux d’IU. « Cela n’affecte pas seulement un territoire mais les fédérations d’IU dans toute l’Espagne. Si IU a répété mille fois que l’on ne facilitera pas de gouvernement PS et qu’en Extrémadure on le fait, alors le projet va à la rupture ».Pour Lara, il s’agit de sauvegarder l’unité du projet IU autour de l’alliance avec le PS.

La présidence fédérale de IU réunie ce 17 juin décidait d’attendre le résultat de la consultation locale des militants d’IU, non contraignante, prévue le week-end dernier avant de voter lors du Conseil politique le 19 juin.

Le PC d’Extrémadure appelle à respecter le vote massif des militants contre l’alliance avec « une force avec un nom de gauche et une politique de droite »

De son côté, le Parti communiste d’Extrémadure (PCEx), hégémonique dans l’IU local, exprimait sa position déclarant « que le Parti communiste soutient sans réserve ce qui sortira de la consultation, qui doit se transformer en décision »,mettant en garde contre un désaveu des militants par les directions d’IU.

Les communistes d’Extrémadure rappelaient le dilemme d’IU soumis à un choix proche du blanc bonnet et bonnet blanc : « Il n’est assurément pas facile de choisir entre une force de droite et une autre avec un nom de gauche et une pratique politique de droite.

L’Extrémadure n’est pas un exemple à imiter pour la gauche après 28 années continues de gouvernements PSOE, 24 d’entre elles avec une majorité absolue. En Extrémadure, on a eu la baisse du salaire des fonctionnaires, la réduction des prestations et des services sociaux, la privatisation des services publics, etc. »

« IU n’est pas, ou ne doit pas être, une force subalterne qui se satisfait de négocier des petits gains avec ceux qui sont installés au pouvoir. Cette stratégie est ce qui a mené Izquierda Unida à ne conserver qu’un seul député au Congrès, et à être ignoré des citoyens ».

La consultation interne a donné à une écrasante majorité le soutien à l’option de l’abstention des députés d’IU vis-à-vis de l’investiture du gouvernement. Pourtant, le Conseil politique d’IU-Extrémadure n’en a pas moins été houleux.

Et si la décision a été finalement prise à la majorité de ne pas soutenir de gouvernement régional socialiste, un seul des trois députés élus s’est déclaré en faveur de cette solution conforme au vote des militants.

Izquierda Unida vers l’implosion ? La direction tente de maintenir l’unité par la force : des menaces aux sanctions, de la conciliation à l’exclusion

De son côté, Cayo Lara est passé des équivoques aux menaces ouvertes. Pour lui, la décision souveraine des communistes d’Extrémadure « se situe en dehors de la politique nationale d’IU qui consiste à tirer vers la gauche la politique en Extrémadure et dans toute l’Espagne ».

Lara a annoncé que la présidence nationale d’IU allait annoncer les sanctions que prendra la direction d’IU envers les ’renégats’ d’Extrémadure. Si Cayo Lara n’osait jusqu’ici pas prononcer le mot d’exclusion, désormais il est à l’ordre du jour mais pas avant « que la décision ne soit prise par les organes correspondants ».

Le secrétaire à l’organisation d’IU, Miguel Reneses, a été plus clair. « Si la politique des députés d’Extrémadure se situe en dehors d’IU, si la fédération d’Extrémadure se situe en dehors d’IU, alors elle s’auto-exclura ».

Il faut rappeler que c’est sous pression de Cayo Lara et de la direction nationale d’IU que le PCE avait exclu 200 militants et dirigeants communistes Asturiens qui avaient décidé de présenter une liste communiste contre celle d’IU.

L’hypocrisie de la direction nationale d’Izquierda Unida apparaît au grand jour. Derrière la phraséologie gauchisante anti-PS de Cayo Lara se révèle la subordination fondamentale du projet Izquierda Unida envers le PS, que ce soit sous la forme d’un « pôle de radicalité » à la Julio Anguita ou à la Cayo Lara, ou sous la forme d’un cartel d’élus ouvertement rangé derrière le PSOE, sous la période Gaspar Lllamazares.

L’ancienne direction menée par Llamazares, anti-communiste, réformiste et pro-socialiste affiché avait le mérite de l’honnêteté. Cayo Lara et sa nouvelle direction avançaient masqués. Les camarades d’Extrémadure sont en train de les démasquer et de révéler toutes les contradictions du projet de « refondation d’Izquierda Unida ».

Depuis 25 ans, les communistes espagnols sont piégés dans le carcan d’Izquierda Unida. Après un feu de paille électoral et une illusoire position d’indépendance vis-à-vis du PS, ils vivent depuis un déclin chronique et une subordination pleine et entière au PS, étouffant un PC qui devrait être le fer de lance des luttes sociales.

Plus que jamais le peuple d’Espagne a besoin d’un Parti communiste fort, présent dans les luttes et pas dans les coulisses des combinaisons électorales ! Les communistes espagnols doivent sortir du piège institutionnel d’Izquierda Unida pour retrouver le terrain de la lutte des classes !

Article d’A.C.

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