Parti Communiste Français Section de Saint-Martin d’Hères
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Le combat anticolonialiste est toujours d’actualité

avril 2010, par Saint Martin d’Hères

Jeudi 8 avril 2010, les responsables de l’ACCA (Agir contre le colonialisme aujourd’hui, nouveau nom de l’Association des combattants de la cause anticoloniale) présentaient leur Manifeste au Sénat, sous le patronage du sénateur communiste Guy Fischer, vice-président du Sénat, président d’honneur de l’association. L’échange a été d’un très grand intérêt entre la tribune (Philippe Paraire, Alban Liechti, Henri Alleg) et l’assistance. En voici un compte-rendu sommaire.

Le manifeste de l’ACCA : le colonialisme comme combat historique toujours d’actualité

Lutte contre la réécriture de l’histoire et actualité du combat anticolonialiste et anti-impérialiste, voilà les deux axes de combat de l’ACCA selon Phillippe Paraire. La lutte héroïque des peuples pour le droit à disposer d’eux-mêmes ne les a pas empêchés de subir la contre-attaque de l’impérialisme historique (France) ou/et de substitution (Etats-Unis). Voilà pourquoi la lutte anti-coloniale ne s’arrête pas avec l’indépendance formelle des Etats mais avec leur émancipation économique, politique, culturelle et militaire réelle des puissances impérialistes.

Si la forme du colonialisme a pu changer, il maintient toujours les peuples sous son joug. Le néo-colonialisme se différencie de l’impérialisme traditionnel avec contrôle direct des territoires et domination politico-militaire. Il se manifeste par un contrôle économique et financier des Etats par des institutions supranationales. Cet impérialisme se confond avec la phase de mondialisation du capitalisme.

Ainsi en est-il des « programmes d’ajustement structurel » imposés par le FMI et l’OMC dans les années 1990 qui ont abouti à la privatisation des Etats et à leur mise en coupe réglée. Ce néo-impérialisme ne doit pas faire oublier la persistance du « vieil impérialisme » incarné par la présence française en Afrique : soutien aux dictateurs-vassaux et mainmise directe sur les matières premières, interventions militaires aux doux noms masquant d’intolérables atteintes à la souveraineté des peuples. Les récents achats de terre par plusieurs puissances capitalistes-impérialistes révèlent une autre facette de la résurgence de ce vieux colonialisme, sous des formes tristement originales.

Les tout dernières années ont vu l’intensification de l’attaque contre les peuples. Attaque contre leur histoire et tentative de réhabilitation du colonialisme, dont la loi de 2005 sur les effets positifs de la colonisation est un exemple frappant. Attaque contre leur souveraineté politique et économique, encore et toujours. P. Paraire rappelle comment l’impérialisme français est arrivé au bout, avec l’élection de Sarkozy, d’un processus de vassalisation de l’impérialisme français vis-à-vis l’impérialisme états-unien.

C’est un processus de long terme qui s’est manifesté par le soutien à la guerre en Yougoslavie en 1999 et la participation à la guerre en Afghanistan en 2001. Il s’accélère dramatiquement depuis l’élection du président Sarkozy en 2007 :

présence accrue de troupes françaises sur le front afghan, réintégration du commandement intégré de l’OTAN, installation d’une base militaire à Abu Dhabi.

Voilà qui montre malheureusement toute l’actualité de la cause anticolonialiste en France. Ses batailles d’aujourd’hui sont notamment la campagne pour le retrait des troupes d’Afghanistan et la fin de cette intervention au bilan déjà si lourd (des dizaines de milliers de morts afghans, 41 soldats français tués), l’information et la mobilisation de la population française devant la menace de guerre qui pèse sur l’Iran.

Si antipathique que soit le régime iranien, c’est bien son peuple qui souffrira de la guerre qui se profile. Comme l’a démontré avec précision l’orateur, toutes les villes iraniennes sont à portée de missile des troupes de l’OTAN après l’implantation de la base d’Abu Dhabi et le pays est encerclé en vue d’une future invasion.

Guerre d’Algérie, lutter contre la réécriture de l’histoire par les nostalgiques de l’OAS

L’échange entre la salle et la tribune a permis de soulever plusieurs questions brûlantes et de rappeler la glorieuse histoire du mouvement anticolonialiste, elle aussi tout à fait actuelle.

Les interventions ont mis l’accent sur la nécessité de la lutte contre le révisionnisme historique, en particulier sur la période de la guerre d’Algérie, par exemple pour défendre la mémoire des martyrs de la cause anticolonialiste, comme Maurice Audin, torturés et exécutés par des militaires français sur ordre de hauts gradés, contre la réhabilitation rampante des assassins de l’OAS.

Comme l’a rappelé le président d’honneur de l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants), les stèles, les commémorations, les cérémonies à la gloire de l’OAS se multiplient avec la complaisance des pouvoirs locaux, notamment dans le sud de la France. Guy Fischer a confirmé ce climat nauséabond en démontant les manoeuvres insidieuses des restants de lobby colonial en France (ex : la confusion entre les morts du contingent, les morts d’événements comme ceux de la rue d’Isly et ceux de l’OAS). La lutte pour la mémoire se poursuit jusqu’au sein du Parlement.

L’adoption d’une proposition de loi qu’il a déposée avec ses collègues communistes a permis enfin en 1999 de donner officiellement aux « opérations de maintien de l’ordre en Algérie » leur vrai nom, la « Guerre d’Algérie » et de mettre fin à cette euphémisation de la guerre anticoloniale.

« Cette époque rappelle des périodes sombres où on préparait les peuples à la guerre », Henri Alleg

Avec gravité, Henri Alleg a tenu à souligner toute l’importance de la lutte anticoloniale aujourd’hui. Pour lui, cette époque rappelle de sombres périodes de notre histoire, celles où l’on préparait les peuples à la guerre. Et on les prépare, non à une guerre locale mais à une guerre mondiale. Cette situation périlleuse n’en est pas moins cocasse : les fauteurs de guerre, ceux dont l’arsenal nucléaire menace jusqu’à l’existence même de l’humanité, s’efforcent de faire passer de petits Etats, luttant désespérément pour conserver leur souveraineté, pour la menace à la paix mondiale.

Beaucoup d’interventions de la salle ont été marquantes. Un militant anticolonialiste africain a remémoré avec émotion l’histoire tragique des peuples africains, de la traite des esclaves jusqu’à leur asservissement par le néocolonialisme. Que reste-t-il d’humain à celui à qui on a pris jusqu’à son corps ? Comment reconquérir sa terre et comment dire que l’Afrique n’appartient à personne, hormis à ses peuples ?

Pays émergents, impérialisme français, articulation lutte intérieure/extérieure : des questions toujours en suspens

Le débat a soulevé plusieurs autres questions politiques de fond.

Comment analyser spécifiquement l’impérialisme français et son rapport à l’impérialisme états-unien ? Doit-on parler de vassalisation ou d’autonomie relative de la France qui lui permettrait de ne pas toujours suivre l’impérialisme états-unien en fonction de ses intérêts du moment. Troisième producteur d’armes au monde (per capita), la France est aussi sous la pression de son propre complexe militaro-industriel.

Comment sensibiliser la population française à la lutte anti-impérialiste, lier préoccupations intérieures et sensibilisation aux questions extérieures ? Rapprocher le coût de la guerre en Afghanistan de celui, identique, des 16 000 postes d’enseignants supprimés à la rentrée, souligne un jeune militant communiste, aide à comprendre l’importance du retrait des troupes et la sortie de la France de l’OTAN. Plusieurs pétitions dans ce sens ont été initiées, dont celle portée par plusieurs sections du PCF, dont celle de Paris 15ème.

Les pays émergents sont-ils de nouveaux points d’appui anti-impérialistes ou des nouveaux blocs impérialistes en formation ? A l’attitude sans équivoque de l’impérialisme marocain par exemple, on peut opposer l’attitude plus ambiguë de l’Afrique du Sud ou de la Chine, qui laisse la question en suspens.

Concluant, Guy Fischer, avec émotion, a salué personnellement Henri Alleg, dont le livre La Question, une révélation, l’a amené à adhérer au PCF au début des années 60.

Guy Fischer a estimé qu’il ne doit faire aucun doute que les communistes soutiennent la cause de l’anticolonialisme, hier comme aujourd’hui et donc le combat si actuel et pertinent de l’ACCA ! http://www.acca.free.fr/

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