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Derrière la mascarade électorale en Libye, la victoire d’une (re)composition politique maîtrisée par les puissances occidentales

article par AC pour vivelepcf

juillet 2012, par Saint Martin d’Hères

Les élections qui se sont tenues en Libye ce 7 juillet ont été présentées comme une victoire de la « démocratie ». Les résultats proclamés ce 18 juillet donnerait la victoire à ce que les médias occidentaux appellent les « libéraux ».

Une farce électorale difficile à faire accepter après un an d’une guerre sanglante, d’une intervention cynique qui a débouché en premier lieu sur le partage du gâteau pétrolier entre les grandes majors occidentales.

Une farce qui passe mal alors que près de la moitié de la population a déserté ce « scrutin historique », que la confusion était maximale parmi les électeurs sur les personnes, idéologies, acteurs extérieurs derrière les quatre partis officiellement autorisés à concourir.

Alors que la scène politique a été épurée de tous les restes de l’ancien régime, qu’aucune force progressiste n’a pu voir le jour à l’ombre de l’intervention occidentale, et que près de 120 députés sur 200 seraient des « indépendants », à l’identification politique encore peu claire.

Après 60 ans de régimes autoritaires, dans un pays immense mais sous-peuplé, dominé par les relations de type tribales, la société civile est quasi inexistante, la vie politique déserte.

Un paysage politique entièrement façonné par les occidentaux

L’idée qu’une « démocratie » à l’occidentale puisse être importée en Libye en moins d’un an apparaît plus comme une construction idéologique destinée à légitimer la réalité d’un paysage politique libyen façonné par les occidentaux qu’autre chose

Tout comme les grandes puissances européennes et américaines ont monté de toute pièce un CNT composé d’anciens kaddafistes de haut rang, de personnalités libérales exilées collaborant avec les grandes puissances et d’une base islamiste militante, elles ont créé une scène politique à leur service.

Les élections du 7 juillet n’ont servi qu’à formaliser cet état de fait, à recomposer ou plus exactement à composer une vie politique au service de l’impérialisme occidental.

Les médias occidentaux ont eu du mal à distinguer les quatre forces en présence tant leurs points de convergence apparaissent manifestes et difficilement dissimulables : ultra-conservatisme islamiste sur le plan sociétal, libéralisme économique assumé, politique étrangère pro-impérialiste.

La différence entre les différentes forces présentes ne peut se trouver moins dans la nuance de leurs positionnements, que dans l’étroitesse de leur lien avec l’impérialisme occidental.

Les médias ont tenté de construire une ligne de fracture artificielle entre « libéraux » et « islamistes ».

Les « islamistes » libyens : des alliés bien commodes dans la lutte pour dépecer la Libye

Du côté des islamistes, on retrouve le dit Parti al-Watan du seigneur de guerre Abdelhakim Belhadj et du religieux Ali al-Sallabi, issu du groupe terroriste islamiste Groupe islamique combattant en Libye.

Belhadj, combattant anti-communiste dans la guerre soviéto-afghane aux côtés des talibans, a été à partir de la fin des années 1990 un membre actif d’Al Qaida, impliqué dans plusieurs opérations terroristes en Europe. Quant à Al-Sallabi, théologien formé en Arabie saoudite, et exilé depuis au Qatar, il a joué le rôle d’intermédiaire entre la rébellion islamiste et les bailleurs de fond issues des monarchies absolues du Golfe, Qatar en tête.

Les occidentaux ont fait preuve d’une bienveillance pour les activités du groupe islamiste de Belhadj dans les années 1990, tout comme dans la guerre civile dont ils furent pour partie à l’origine en 2011.

Outre le Parti de la patrie, on trouve la branche libyenne du mouvement islamiste des Frères musulmans, le Parti de la justice et du développement. Actifs depuis l’Égypte, les Frères musulmans allient un profond activisme social à une vision économique et politique réactionnaire.

Quant à leurs relations avec l’impérialisme occidental, elles restent ambiguës, soumises à des revirements tactiques. Elles ont néanmoins trouvé de multiples convergences dans le passé, notamment dans la lutte contre les mouvements nationalistes, laïcs et communistes arabes.

Les formations « islamistes » ont surtout servi d’épouvantail commode pour valoriser les partis dits « libéraux »

Les « libéraux » Libyens : des formations créées de toute pièce pour servir les puissances occidentales

Tout aussi islamistes en leur fondement, et surtout liés depuis longtemps ou depuis le début de la guerre civile en Libye, aux impérialismes américains comme européens, les dits « libéraux ».

Vieil allié des États-Unis, le Parti du Front national, localisé dans l’est du pays riche en ressources pétrolières est issu de l’ex-Front national pour le salut de la Libye (FNSL).

Le FNSL fut pendant les années 80 le bras armé des États-Unis contre le régime de Kaddafi. Après l’échec de plusieurs tentatives de coups d’État, le mouvement s’était replié vers un exil doré, le siège du mouvement se trouvant par ailleurs aux États-Unis.

Néanmoins, l’impérialisme occidental ne pouvait compter uniquement sur une telle force composée de dissidents en exil et de putschistes en retraite.

C’est la raison de la création de l’Alliance des forces nationales, un mouvement prétendument issu de la société civile, en réalité directement façonné par les États-Unis.

L’Alliance des forces nationales défend la synthèse d’un islamisme conservateur et d’un ultra-libéralisme économique, la garantie d’une stabilité sociale au service des affaires réalisées par les investisseurs étrangers.

Cette formation créée de toute pièce a passé toute sa campagne à piétiner l’image même que voulait lui donner les médias occidentaux : celle d’une force libérale, laïque et progressiste. Elle s’est fait le premier partisan de l’instauration de la Sharia comme base du droit, ne revendiquant le qualificatif de libéral que sur le plan économique, avec le parti-pris assumé d’une politique massive de libéralisations et de privatisations.

Son leader, Mahmoud Jibril, est directement lié aux manœuvres américaines. Formé lui-même aux États-Unis, ses contacts avec les services secrets américains sont un secret de polichinelle. En 2009, Wikileaks a publié un télégramme de l’ambassadeur américain le qualifiant alors d’ « interlocuteur sérieux comprenant la position américaine ».

Il faut rappeler qu’il fut aussi un proche du clan Kaddafi dans la dernière période, un des artisans du tournant libéral-autoritaire des années 2000. Nommé par Saif-al Islam à la tête du Bureau de développement économique national,il avait donné une nouvelle impulsion à une politique de privatisations, directement inspirée des préceptes du FMI et de la Banque mondiale.

L’évolution de la situation en Libye, la destruction d’une nation et la recomposition d’une vie politique entièrement soumise au diktats de l’impérialisme occidental, incite à la plus grande vigilance et à manifester une opposition ferme et sans ambiguïtés aux manœuvres bellicistes visant la Syrie et l’Iran.

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